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Une Différente manière

Mis à jour : 14 févr 2019


Jonathan Joseph Mayers | Bâton-Rouge, Louisiane


Nous-autres, certains louisianais•e•s, on parle toujours de nos chousses acadiennes, de notre connexion à l’Acadie, et comment c’est une expérience touchante d’aller visiter la terre de nos ancêtres là-bas en Nouvelle-Écosse, au Nouveau Brunswick, à l’Île Royale (l’Île du Cap-Breton asteur) et à l’Île-Ste-Jean (l’Île-Prince-Édouard asteur) au Canada. La plupart du monde croient que le français en Louisiane a survécu depuis le 18e siècle grâce aux efforts d’un seul groupe colonial, mais cela n'est pas le cas. Historiquement, il y avait des Houmas, Chitimachas, Créoles, Africain•ne•s, Acadien•ne•s, Français•e•s, Créoles de St. Domingue (Haïti asteur) et d’autres qui continuaient à le parler. Nos liens acadiens, qui concernent plusieurs Cadien•ne•s et Créoles de nos jours, m’a apporté le français d'une différente manière que dans le passé. C’est l’année du Congrès mondial acadien 2019, qui aura lieu du 10 au 24 août ; par conséquent, étant moi-même créole louisianais et ayant des ancêtres acadiens, je voudrais partager avec vous des affaires et puis des textes que j’ai écrits pendant mes séjours en Acadie.


J’ai visité la Nouvelle-Écosse trois fois depuis 2015 en assistant au programme légendaire d’immersion française à l’Université Sainte-Anne. C’est-à-dire que j’ai touché la terre à Grand-Pré au moins autant de fois que ça. Là, je suis entré dans la chapelle deux fois, j’ai marché sur les digues autour de Grand-Pré, j'ai lu les noms de famille de ma branche acadienne dans le livre généalogique au lieu historique national de Grand-Pré, j'ai entendu la conférence intéressante du Titulaire de CRÉAcT, Clint Bruce (qui s’appelait Convergences, divergences : l’Acadie et la Louisiane au 21e siècle), j’ai monté l'un des plus grands saules que je n'ai jamais vu de ma vie, pis là, en 2016, j'ai eu de la chance de toucher la terre de Horton’s Landing. C’est là où l’on croit que la plupart des acadiens ont été déportés pendant le Grand Dérangement. C’est là où j'ai imaginé leur expérience de la déportation. C'était en jonglant une idée de fantaisie avec un œuvre visuelle et textuelle que j'ai eu l'inspiration de créer Les Âmes toujours attachées à Grand Pré.


Revenons au programme d’immersion française de l’Université Sainte-Anne, un établissement bien connu en Louisiane. C'était un Acadien, Jean-Douglas Comeau, qui a créé ce programme il y a plus de 40 ans. C’était lui qui nous visitait pendant plusieurs années ici-bas pour promouvoir son programme et qui travaillait avec le CODOFIL pour créer des bourses afin de donner aux louisianais•e•s des opportunités d’aller apprendre leur langue d’héritage en Acadie. C’est là, à Sainte-Anne, où j’ai rencontré trois profs que j’vas jamais oublier : Marcel Weaver (2015), musicien acadien et prof très animé ; Tiphaine Magne (2016), animatrice culturelle française et prof très sincère ; et Anas Atakora (2018), poète togolais et prof très vaillant.


L’année passée, la culmination de mes expériences et de mon appréciation du paysage acadien s’est forgée dans un ensemble de poèmes que j’ai nommé Les Rafales de quatre feuilles : Poésies créoles louisianaises de l’Acadie. C’était aussi une écriture faite pour mon cours d’été, enseigné par un poète qui m'inspire, Anas Atakora, et en plus j’y avais aussitte apporté l’anthologie de poèmes, Les Cenelles, comme matériel de lecture. Je voudrais remercier Joseph B. Darensbourg de me l'avoir recommandée. Cette anthologie, écrite et puis publiée en 1845 à la Nouvelle-Orléans (Bulbancha) par les Créoles libres de couleur, Armand Lanusse parmi eusse, m’a fait réfléchir à ce que nous désirons pour l’avenir pis comment nous l’atteindrons. Ça m’a aussitte donné un texte joliment important qui me laisse découvrir encore l’identité et comment nous-autres est connecté•e•s à l’environnement.


Voilà, un morceau de Les Rafales de quatre feuilles : Poésies créoles louisianaises de l’Acadie :


Quelles sortes de bêtailles

Le 6 juin (le 25 décembre à Ste-Anne)

La bouteille d’acrylique

Contentait du café au lait

Toute y seule, personne autour sauf que moi

Une corde verte pour allumer le Noël

Dessous les branches, la mousse supporte

Ce type d’objet en le tenant confortable

Peut-être pour assez de temps

Y a des canards icitte

Mais non, pas de canards du tout

C’était un petit sifflement gazeux

« Pyp pyp pyp »

Charraient les chaffinch

Deux fois j’ai chanté des chansons louisianaises

Deux fois ils m’accueillaient

Les tamils et les écureuils s’en viennent

Pour me regarder

Pour me rencontrer

Je marche les mêmes chemins

Découvrant toutes les détails

Les bêtailles, les têtailles

Près des yaourts

Au-delà, un minou plastique

Crevé

Sans tête

Au bal

De la nature

Morte


bêtailles = animaux

têtailles = bêtailles dit aux enfants


À Grand Pré

Le 9 juin

Cette poésie peut être accompagnée par : Kathleen’s Waltz / La Valse à Kathleen (Dennis McGee).


La vieille musique acadienne est après jouer

Dans ma poche

Des larmes sortent mes yeux

Je braille en amassant ce paysage magnifique

Les vaches marchent lentement

Le Bassin Minas est vivant

Je sens le vent frais sur mon dos

Les machines à récolte sont après rôdailler

Dans les clos

Une froumi qui vole est sur mon papier

Écoutant les violons

Petits papillons jaunes flottent en dessus la prairie

Si je n’avais pas de crotte de nez

Je ne serais pas si chanceux

De trouver un trèfle de quatre feuilles

Y a le sentiment d’appartenance icitte

Sur l’anse qui donne sur Grand Pré

Marron, tout partout

Les verts clairs, foncés, brillants

Nourrissante est la vue

Je me demande qu’est-ce qu’Y a

Au l’autre bord de la baie

L’aigle chauve sait

J’ai envie de plonger mes mains

Dans la boue de mon cœur

Pour partager ce comportement gluant

Avec vous-autres


froumi = fourmi

brailler = pleurer


Tournant, tournant, tournant

Le 10 juin

Ouaouaron, chasse-maringouins

Mise sur ma peau peu après j’ai tourné le linge

Tournant, tournant, tournant

Tchoc parmi les roseaux,

Bien – son – pour – cherchant

Tournant, tournant, tournant

Les saisons trois fois par heure

Essaim – en – volent – mouches – petites

Piquent – me

Maringouins – les

Lorsqu’un canard noir passe par-dessus

Tournant, tournant, tournant

Tout

Saoul

Les écureuils marron curieux

Lancent des mots forts du sapin à côté de moi

Minces sont les aiguilles de pin

Frète fait-il

Tournant, tournant, tournant

Rendues outilles


ouaouaron = grand crapeau

maringouins = moustiques

tchoc = merle

frète = froid


Le Cabotage

Le 10 juin

Après chercher des coquillages

Nous étions à la paix

Bien alimenté, gras

Nous-autres, on est le cabotage


On est en 2019 … et je connais comment taper, rire, penser, texter, vivre en français grâce à ces trois sessions en Acadie avec un ensemble de diverses personnes qui m’a appris des facettes d’une de mes langues d’héritage je parle dans une différente manière. Bonne année et lâche jamais.


lâche jamais – Une transformation d’une phrase se dite par les Cadien ne s en Louisiane, « lâche pas » ou « (ne) lâche pas la patate ». Ça signifie de ne laisser tomber ni la culture ni la langue ni l’identité.



Si vous voulez voir plus de Jonathan, veuillez visiter son site-web à : https://jonathanmayers.com/home.html

Et voici son profil Instagram : @feral_opossum

Et son Twitter : @jonathanmayers *Édité le 14 février : Le programme d'immersion de l'Université Sainte-Anne a été crée il y a plus de 40 ans, pas 50 ans.