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Verviers, et après ?

Jean-Louis Hanff | Bruxelles, Belgique Devant l'Hôtel Van Der Valk de Verviers, deux groupes s'affrontent. Deux " camps " donc, et deux usages (légitimes) de la liberté d'expression.

Une scène : l'Hôtel Van Der Valk de Verviers. Deux groupes s'affrontent. D'un côté, un Théo Francken et ses supporters, réclamant la liberté d'expression la plus totale pour organiser (de leur plein droit) une conférence. De l'autre, la bourgmestre socialiste et une centaine de manifestants qui ont souhaité manifester (de leur plein droit) pour faire pression. Deux "camps" donc, et deux usages (légitimes) de la liberté d'expression.

A qui cela profite ?

Désormais Francken et son parti pourront faire campagne électorale en clamant que "le pays est divisé", qu'il y a "deux démocraties", que "le confédéralisme est inévitable". Voire l'indépendance, car oui, le candidat au 16 Rue de la Loi, Jan Jambon, ne s'en cache plus. De l'autre côté, en se posant en "héroïne de la démocratie", la bourgmestre socialiste de Verviers a outrepassé son rôle, dit-on, en manifestant (pour des raisons légitimes et respectables), d'autant que des débordements malheureux ont eu lieu, occasionnant près de 15.000 euros de dégâts. Car oui, on l'oublie souvent, derrière ce triste spectacle il y a un coût financier. On peut également craindre qu'il comporte un coût humain. Mais ce qu'on doit surtout déplorer au-delà de la provocation, c'est l'absence d'un respect mutuel, d'une écoute, et de la recherche d'un bien commun.

Un débat démocratique impossible ?

Le respect mutuel d'abord suppose non pas une confrontation de personnes, mais plutôt un débat sur les idées et les politiques menées. Tant de choses peuvent être dites sur le bilan de Théo Francken (sans parler de son "style de gouvernance") voire sur son livre. Pourquoi ne pas concentrer cette énergie à des fins contradictoires plutôt que de lui accorder une attention médiatique et de lui fournir un argument de campagne inespéré ? D'autant que derrière tout ce remue-ménage, l'enquête par rapport à l'affaire des visas avance . . . A cela, la grande majorité des gens qui sont venus écouter la conférence de Francken sont des personnes respectables dont les craintes doivent être entendues. Rester fermes démocratiquement tout en étant démocratiquement respectueux ? C'est possible.


De l'écoute, on en voit hélas très peu. Chaque camp brandit des slogans, la société se polarise. Chacun sa vérité et tant pis pour les faits, tant pis pour le dialogue. Pourtant, l'approche d'Emmanuel Macron, qui avait accepté de débattre face à Marine Le Pen, a été plus féconde que les invectives. Ou chez nous, lorsque le député fédéral CDH Georges Dallemagne a accepté de débattre de manière constructive - argument contre argument, fait contre fait - face au député régional MR Alain Destexhe par rapport à son dernier livre, sur l'immigration également. C'est là opter, certes, pour une approche moins sensationnaliste que celle qu'a pu avoir le bourgmestre Ecolo d'Ixelles Christos Doulkeridis en débattant face au même Destexhe, mais plus respectueuse du citoyen, qui mérite mieux qu'un dialogue de sourds ou des claquements de portes. Débattre sur base de faits et chiffres n'est pas toléré. Refuser le débat par la violence c'est rentrer dans le jeu de ceux qui profitent de la victimisation.


La recherche du bien commun enfin. Je ferai écho ici à la philosophe Laura Rizzerio et à sa carte blanche du 17 décembre 2018. Dans celle-ci, celle qui est professeur de philosophie à l'université de Namur souligne justement que "la culture individualiste qui domine nos sociétés occidentales empêche de reconnaître que les individus sont avant tout des personnes en relation les unes avec les autres et que cette relation les constitue en ce qu'elles sont." Elle définit également le "bien commun" comme étant ce "ce lien à chérir entre tous et avec l'environnement, à chérir parce que c'est justement par ce lien que chaque individu peut découvrir qui il est, acquérir la certitude que tout homme est inviolable et digne de respect, et oeuvrer pour un bien reconnu comme le bien de tous."


Recherchons ensemble ce bien commun

Cette vision, qui transcende les clivages en cherchant l'unité plutôt que les divisions, est plus que salutaire pour nos sociétés, notre pays, l'Europe (tout en gardant de vue que certains enjeux dépassent aujourd'hui ces cadres). On a souvent tendance à dire que notre société perd ses valeurs. Je dirais plutôt que tout le défi consiste à oser incarner ces valeurs essentielles auxquelles on croit. Et il est possible d'être respectueux et à l'écoute d'un interlocuteur tout en étant intransigeant sur certains principes.


Et pourquoi pas, pour nous inspirer, prendre exemple sur des personnalités qui ont su incarner cela ? Prenons par exemple le cas du Roi Baudouin, considéré par Mark Eyskens comme "le promoteur de l'essentiel, à savoir : collaborer à l'amélioration de la condition humaine". En effet, pour l'ancien premier ministre, Baudouin fut un "mélioriste", car "par ses attitudes, ses propos, il a témoigné qu'il voulait faire triompher la bonté dans l'homme sur l'être de l'homme". Plus intéressant encore—car criant d'actualité—, Eyskens rapportait cela : "les tensions communautaires étaient de nature à l'exaspérer, mais leur solution politique 'à la belge' lui rendaient confiance".


Osons donc être en désaccord sur le fond, mais malgré tout nous respecter mutuellement et nous écouter. Mais osons surtout apporter une vision positive pour notre société, notre royaume, notre Europe et par extension notre Monde : Heureux les artisans de paix !

Pour voir cet article sur le site-web du magazine belge Le Vif, veuillez visiter https://m.levif.be/actualite/belgique/verviers-et-apres/article-opinion-1096287.html?fbclid=IwAR0Bb-lJpgi1N_YsqyGwefSn5FAiMPwqrrhCXRkVy80upVL6CR-NJL6mN10