Les Vietnamiens : Francophones oubliés de la Louisiane

Bennett Boyd Anderson III | La Nouvelle-Orléans, Louisiane

Suite de mon article sur “L’Amant” de Duras et l’ancienne société coloniale à Saïgon, je me suis senti poussé à écrire un suivi sur un sujet connexe : la diaspora vietnamienne en Louisiane.

Qui parle français en Louisiane ? La plupart du monde vous dirait qu’il y a deux groupes principaux de francophones louisianais : les Créoles et les Cadiens (eux-mêmes une sous-catégorie de Créole, mais je m’égare). Les plus informés parmi vos répondants vous diront peut-être qu’il existe aussi de nombreux Amérindiens francophones, notamment les Houmas. Mais personne ne mentionnerait les Vietnamiens.

D’abord, un 'tit brin d’histoire : Après la chute de Saïgon* à la fin de la Guerre du Viêt Nam, un tas de Vietnamiens (surtout du sud) ont quitté le pays pour fuir vers l’Occident. Aux É-U, un nombre pas insignifiant se sont installés en Louisiane, où la plupart s’occupait en pêchant des chevrettes. Ils avaient (et ils continuent d'avoir) une profonde influence sur l'État et le pays dans son entier. Leur nourriture—qui partage beaucoup de similarités avec la nôtre à cause de certaines origines communes, y compris l'usage du pain français et donc l'appellation de "po-boy vietnamien" pour les bánh mì—contribue à la réputation de la Louisiane comme l'État américaine avec la tradition culinaire la plus unique du pays**. Après l'ouragan Katrine, les Vietnamiens étaient parmi les premières personnes à revenir en Ville pour reconstruire non seulement leurs maisons mais aussi leurs vies, en même temps inspirant d'autres à faire la même chose. Et le premier américain vietnamien d’être élu au Congrès (à la Chambre des Représentants, pour être plus spécifique) était Ánh “Joseph” Cao, natif de Saïgon et membre louisianais du Parti Républicain, en 2009.

Je suis membre d’une page Facebook très connue parmi les Franco-Louisianais qui s'appelle la “Cajun French Virtual Table Française.” Ce n’est plus le meilleur forum pour une discussion académique—il y asteur trop de monde, avec plus de 30,000 abonnés, qui le rendent difficile de discuter un issu en détail—mais pour faire des sondages, le CFVTF est toujours un forum sans égal. Je leur ai donc posé la question suivante il y a plus d’une année asteur :

“Bien que le français n’ait jamais été répandu dans les colonies indochinoises, y a-t-il quelqu’un parmi vous-autres qui a jamais parlé français avec un Vietnamien en Louisiane ?”

Les réponses étaient surprenantes. Sans révéler les noms des répondants, je voudrais partager certains de leurs posts (traduits par moi) ci-dessous :


“My best friend in high school, on the Mississippi Gulf Coast, was Vietnamese and could TOTALLY carry on a full conversation with my Dad.” — "Mon meilleur ami au lycée, sur la côte du golfe du Mississippi, était vietnamien et pouvait ABSOLUMENT parler couramment avec mon père."


“As a docent at LASC Riverside in Baton Rouge in the 70's, I became acquainted with a resettled Vietnamese general who served as main desk security for the facility. He was very reserved in interaction until I spoke French with a group of visitors in his presence. From that point in, he smiled warmly and spoke to me in French frequently. We found some differences, but could generally understand each other easily. His English was actually stronger than my French, and his patience in correcting my idiosyncratic errors taught me much.” — "En tant que docent à LASC Riverside à Bâton-Rouge dans les années 70, j'ai fait la connaissance d'un ancien général vietnamien qui a servi comme sécurité pour l'installation. Il avait un air réservé jusqu'à j'ai parlé français avec un groupe de visiteurs dans sa présence. Désormais, il me saluait avec des sourires chaleureux et m'a parlé fréquemment en français. On a trouvé quelques différences mais pourrait généralement se comprendre sans difficulté. Son anglais était vraiment mieux que mon français, et sa patience en corrigeant mes erreurs idiosyncratiques m'enseignait beaucoup."


“I have. Working at a store on the West Bank, I was helping a Vietnamese woman whose English wasn't the greatest. Near the end of the interaction, I was trying to get her Bluetooth speakerphone working and it said something in French. I asked her in French if she spoke French and she said she did. It probably would've been an easier exchange if we had started out that way.” — "J'en ai rencontré un. En travaillant dans un magasin dans la rive ouest [de la Nouvelle-Orléans], j'étais après aider une femme vietnamienne qui parlait un anglais plutôt faible. Proche de la fin de notre interaction, j'étais sur le point de réparer son écouteur Bluetooth et il a dit quelque chose en français. Je lui ai demandé en français si elle parlait français, et elle a répondu par l'affirmative. Il aurait probablement été une échange plus facile si on avait commencé comme ca."



“There was a young woman with me when we were doing our MA in French at USL at the time. She came as a child with her family. I met her father who spoke fluent French as well. There was also an older gentleman who lived in my neighborhood for a while. He told me he had been the director of the Alliance Française in Saigon. He wouldn't call it Ho Chi Minh City.” —

Il y avait une jeune femme avec moi quand nous étudions notre MA en français à l'Université de Louisiane à Lafayette. Elle est venue comme un enfant avec sa famille. J'ai rencontré son père qui parlait également français. Il y avait aussi un monsieur plus âgé qui restait dans mon quartier pour une certaine période de temps. Il m'a dit qu'il avait été directeur de l'Alliance française à Saïgon. Il ne l'appelait pas Hô-Chi-Minh-Ville."


“Yes, I have. Back in the late 70’s/early 80’s I worked with a Vietnamese engineer. He spoke French to me.” — "Oui, j'en ai rencontré un. Dans les années 70 et 80, je travaillais avec un ingénieur vietnamien. Il m'a parlé en français."


“Yes I had a home health nurse who visited my mother who spoke French” — "Oui, on avait une infirmière à la maison qui a rendu visite à ma mère et parlait français."


“Yes. In the mid-70s, I used to go to Schwegmann's Supermarket in Harvey, LA. The head of security was formerly a lieutenant in the South Vietnamese military. I'd go practice Vietnamese with him and speak a few words of French.” — "Oui. Dans les années 70, j'allais régulièrement à Schwegmann's Supermarket à Harley, La. Le chef de la sécurité était un ancien lieutenant de l'armée sud-vietnamienne. J'allais pratiquer mon vietnamien avec lui et on parlait aussi quelque mots en français."


“When they first migrated to south lafourche we sold insurance to them for auto and French was used.” — "Quand ils se sont établis dans le sud de la paroisse Lafourche, nous leur avons vendu des assurances autos et on utilisait français."


Pourquoi n'ai-je jamais entendu parler de telles histoires ? Il me semble que personne ne reconnaît les liens historiques forts entre les Vietnamiens et les Créoles. On reconnaît que les Créoles peuvent être blancs, noirs ou mélangés ; on sait que plusieurs Amérindiens sont également francophones. Par contre, on ne pense jamais aux Franco-Louisianais d'origines asiatiques. Mais ils existent, et il faut les accueillir. C'est à l'avantage de toute la communauté franco-louisianaise.

*Personne ne note jamais les parallèles entre le déplacement des réfugiés vietnamiens et les horreurs du Grand Dérangement, mais à mon avis, les liens entre les deux sont très forts. **Pour ceux qui s'intéressent à ce genre de chose, il existe une nouvelle fusion culinaire, le Viet-Cajun, qui devient de plus en plus populaire aux É-U. Dans cette tradition, par exemple, les écrevisses sont bouillies dans du beurre à l'aile avec une variété d'épices vietnamiens—une déviation rare de la recette louisianaise classique. Cependant, et malgré son nom, la tradition Viet-Cajun n'a pas été créée en Louisiane, mais à Houston, Texas, où il existe une population notable de Vietnamiens et de Louisianais.

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