« Extensive Reading » et d'autres réflexions

Dernière mise à jour : il y a 5 jours

Mïc Hel | Louisiane


Ces dernières semaines, j’employais une nouvelle technique pour peaufiner mon apprentissage des langues. Elle s’appelle “Extensive Reading” et je suis un très grand fan. Tout simplement, il faut juste lire beaucoup. La clef, c’est que le contenu doit correspondre à ton niveau. Il faut connaître la plupart des mots et la grammaire des textes que tu lis pour que cette méthode réussisse. Plus tu cherches dans le dictionnaire, moins tu renforces le vocabulaire que tu possèdes déjà. C’est un peu l’inverse de l’expression anglaise “quality over quantity”.


L’idée, c’est de maximiser le temps que tu passes avec la langue, surtout d’une manière efficace. Parfois les gens passent leur temps avec des textes difficiles qui ajoutent très peu de valeur à leur compréhension. En plus, il faut voir un mot plusieurs fois avant de s’en souvenir. La méthode de “Extensive Reading” renforce les mots, la grammaire, les phrases, etc. que l’on connaît déjà mais qu’on ne pratique pas assez. Et parce que les textes correspondent à son niveau, l’acte de lire est beaucoup plus fluide et, par conséquent, agréable. (Pourquoi lire des textes que l’on n’aime pas?) Il est difficile d’apprendre une langue si le travail est à 100% tout le temps. Le cerveau se fatigue et on se déconcentre.


Cet épuisement traversé par des apprenants me conduit vers un autre sujet. L’un des problèmes que j’ai remarqué dans la rhétorique de l’apprentissage des langues, c’est l’absence de plaisir. Les articles disent souvent qu’une langue étrangère crée des opportunités financières, rend le cerveau plus intelligent et ouvre l’esprit vers une nouvelle culture. Toutes ces raisons sont carrément valides, mais le plus important élément qui détermine le succès de l’apprenant, c’est la motivation. Et je te jure que la plupart des raisons que les articles proposent ne motive pas autant qu’on ne le pense. Quand j’étudie des conjugaisons, ni les boulots potentiels dans l’avenir ni le développement de mon cerveau ne me préoccupent. Même une motivation culturelle ne convainc pas si elle est présentée sans contexte. C’est-à-dire que le français lambda est plus ou moins conscient du fait que les autres pays possèdent une culture (s’il n’est pas xénophobe). Mais ce fait est beaucoup trop vaste pour aider quelqu’un à choisir une langue et, en plus, à en maîtriser une.


D’après moi, l’élément qui aide le plus avec l’apprentissage, c’est la pleine conscience “mindfulness”. C’est le pouvoir d’étudier sans trop de jugements, d’accepter les émotions qui viennent et d’être conscient du processus. Ceci me donne une énorme tranquillité d’esprit. Et c’est icitte où j’insiste sur le plaisir. Si une connexion positive existe avec la langue que l’on étudie, il devient beaucoup plus facile de continuer à l’étudier. Bien sûr, ce ne sera pas toujours simple comme bonjour. Il y aura des moments où l’on souhaite arrêter. Je connais bien ces moments-là. Toutefois, les adultes ont tendance à oublier les simples plaisirs de la vie. Une langue devrait être fun, amusant. C’est une relation. Sortirais-tu avec quelqu’un que tu n’aimes pas?


Une phrase que j’entends souvent est, “j’ai appris l’espagnol à l’école mais je ne peux pas le parler”. Les gens emploient cette phrase à tel point qu’elle devient un cliché. En plus, je parle à beaucoup de gens qui disent qu’ils veulent apprendre l’espagnol mais ils n’y arrivent pas parce qu’ils ont du mal à trouver des locuteurs natifs avec lesquels ils peuvent parler. Ces gens viennent souvent de New York, Californie, Texas, ou d’un autre état qui ne manque pas d’hispanophones. Au risque d’être critique, je dois dire que si l’on vit aux USA (surtout dans les grandes villes ou sur les deux côtes) mais ne peut pas trouver un.e hispanophone, c’est parce que l’on n’a pas vraiment envie d’apprendre l’espagnol. Ceci n’est pas un jugement, en fait. Le manque d’envie n’est pas un péché. Il faut enlever les mots moralisateurs parce qu’ils invoquent la honte, et la honte ne motive personne. Au lieu de se culpabiliser avec la phrase, “Pourquoi ne fais-je pas ça?”, il vaut mieux se demander, “Qu'est-ce qui m’intéresse?”


Il existe plusieurs raisons pour apprendre une langue dont le nombre de locuteurs n’en est qu’une. Peut-être qu’une langue d’ailleurs parle à ton cœur? Peut-être que tu veux récupérer la langue de tes aïeux? Peut-être que tu adores le son d’une certaine langue? Ceux-ci sont tous des facteurs qui influencent nos motivations. Quoi que ce soit, ce sont les raisons ÉMOTIONNELLES qui ont une très grande présence dans nos vies. Nous sommes plus motivés par nos émotions que par la logique. Dès que je me suis rendu compte de ce fait, je ne me sentais plus coupable de ne pas être parfait parce que personne ne l’est. Il faut être conscient de ce fait quand on parle de l’apprentissage des langues. Dire qu’il faut faire quelque chose parce que c’est important ne donne pas assez de motivation que de montrer comment cette chose peut s'intégrer dans la vie quotidienne.


Il y a quelques années, je parlais avec une femme qui expliquait que les états-uniens n’apprennent pas les langues parce qu’ils sont fainéants. Pourtant, elle était états-unienne et elle ne parlait aucune autre langue que l’anglais. Alors, était-elle vraiment préoccupée par le manque de multilinguisme aux USA? Ou était-elle en train de raconter un autre cliché? Je dirais que c’est le dernier. Dire que les gens sont fainéants quand il y a déjà plusieurs obstacles qui existent dans la vie quotidienne comme la pauvreté, le sexisme, la charge de travail énorme, le racisme, etc., c’est irresponsable. Je ne veux pas passer du coq à l’âne, mais il faut considérer ces choses avant de donner des conseils automatiquement.


En somme, si on se concentre plus sur le plaisir, la joie, sur ce qui est bon pour l’individu dans sa propre vie et sa communauté, il est plus facile de convaincre les gens d’apprendre une langue. Le renforcement positif de, “je veux faire ça parce que je l’aime” est plus encourageant que, “je dois faire ça parce que si non, je suis fainéant”. Il faut surtout considérer ces choses-là en entamant un projet immense (comme une langue) qui prend beaucoup de temps et de concentration. Et si l’apprenant n’est pas certain qu’il aime la langue, il peut donner sa langue au chat. Alors, bon. Au moment de commencement, on ne sait pas toujours ce qu’on va aimer ou pas. Le point, c’est qu’il faut être conscient de nos intérêts et désirs avant d’entreprendre un projet.


Je sais que j’ai un peu changé de sujet, mais je veux juste délinéer comment la joie ne doit jamais être oubliée dans l’apprentissage des langues. J’ai oublié ce simple fait et j’ai passé mon temps à faire ce que l’établi voulait au lieu de ce dont j’avais besoin. Et maintenant que je trouve mon rythme, je suis plus à l’aise avec le français que jamais dans ma vie. “Extensive Reading” m’a aidé à arriver à ce sommet – et pour ça, je suis reconnaissant. Apprendre une langue, ce n’est pas une compétition culturelle ni une épreuve d’intelligence. Une langue est une amie avec qui on a de bons souvenirs. On fait des promenades, on se discute. C’est positif. Et pourquoi ne le serait-il pas?


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